La chasse : un art aux facettes multiples

Par Jade Cabana

Chasse : Nom féminin. Action de chasser, de guetter ou de poursuivre les animaux pour les prendre ou les tuer.

Chasser : verbe transitif, provenant du latin « captare » qui signifie chercher à prendre. Action de guetter et de poursuivre une proie pour la capturer. Pratiquer le sport de la chasse sur tel animal, de telle manière ; chercher à capturer un animal pour se nourrir ou pour utiliser l’animal à diverses fins.

J’ai toujours aimé retourner aux racines des choses. Cela apporte toujours des informations précieuses sur les mots que nous utilisons ainsi que sur les pratiques que nous y associons. À ce titre, je considère les mots ci-dessus comme incomplets et j’aimerais plutôt vous parler de la cynégétique de la chasse, c’est-à-dire l’art de la chasse. Pour moi, il s’agit bien d’un art! La chasse est un mélange de sens, d’émotions, d’intuition et d’intellect. Elle est également une question de pratique et d’adresse.

Un des aspects essentiels de cet art est la préparation. Il s’agit d’un élément crucial pouvant influencer grandement les résultats d’une récolte. Or, cette étape est différente pour chaque chasseur et il n’est pas toujours aisé de s’y retrouver. Des sites internet, des ouvrages d’informations, des blogueurs, des compagnies, des influenceurs et des émissions de télévision offrent des conseils variés.

Comment s’y retrouver? Comment trouver LA clé de notre stratégie? Voici quelques éléments que je considère essentiels dans ma pratique de la chasse. Évidemment, cette technique est la mienne et constitue un amalgame de conseils, de tests, de lectures que j’ai accumulés au fil des ans, et ce, à travers la pratique de différentes chasses, tant aux petits qu’aux gros gibiers.

Selon moi, l’élément central est la connaissance de son gibier et de son terrain. Tout bon chasseur se doit de connaître l’animal qu’il traque. Connaître sa biologie, ses cycles, son habitat, ses habitudes, etc. Toutes ces informations permettent d’anticiper ses mouvements et ses réactions tout en tirant profit de ses faiblesses pour le prélever plus aisément. Pour y parvenir, je scrute les ouvrages scientifiques, les récits, les vidéos, les articles de blogues de chasseurs, mais surtout, j’observe. Mes caméras en mode vidéos sont des incontournables pour comprendre les déplacements et les habitudes de mes gibiers. Depuis maintenant quelques années, je collige les allées et venues de ceux-ci (chevreuils et orignaux) grâce à un tableau. J’y indique les heures de passage, les directions, les individus, en plus d’y ajouter les phases lunaires, mes présences et celles de prédateurs potentiels (ours, coyotes). Tout cela me permet de mieux comprendre leurs routines et d’anticiper leurs mouvements.

L’exploration de mon territoire se fait parallèlement à cette étape de documentation. Je désire retracer et situer les endroits propices aux gibiers (lieux de repos, lieux de ravitaillement, passages, etc.) et ce, grâce aux pistes, grattages et excréments.

Cette étape se réalise généralement avant les périodes de chasse afin de diminuer au maximum l’impact de ma présence. Un moment souvent considéré comme idéal est avant la pluie dans le but que notre odeur corporelle se dissipe et n’effraie pas les gibiers. Toutefois, je dois avouer ne pas toujours suivre ce conseil. Pour moi, la peur est associée à un évènement dangereux ou potentiellement dangereux. Un animal qui n’a jamais associé l’odeur de l’homme à un évènement risqué ne devrait pas éviter volontairement un secteur associé à cette odeur. La meilleure preuve se révèle lorsque j’utilise des salines. Je retourne pratiquement chaque semaine au lieu où mes salines sont déposées et les chevreuils et orignaux y reviennent parfois 15 minutes après mon départ. Il est toutefois important de souligner que je ne modifie JAMAIS un environnement dans les semaines précédant la chasse, car ceci altère un territoire déjà bien cartographié par les animaux et cela pourrait être interprété comme potentiellement suspect. Maintenant, qu’en est-il des salines, de l’aménagement du territoire et autres altérations humaines? Je vous dirais que ces pratiques polarisent grandement les chasseurs et sont très personnelles à chacun. Pour ma part, j’opte pour des ajouts/altérations mineures. Au printemps, j’épure légèrement mes secteurs dans le but de créer des corridors de déplacement plus aisés pour le gibier et surtout pour les diriger vers mes caches. J’ajoute ensuite des blocs de sel et quelques produits naturels afin de créer un endroit de ravitaillement intéressant pour les cervidés. Dans ce contexte, les glands de chênes sont pour moi un essentiel, puisqu’ils constituent un aliment de choix pour les chevreuils (et même les orignaux). En plus d’être présents naturellement au Québec, les chênes apportent un supplément intéressant en acide oléique (acide gras) et constituent une nourriture d’appoint bien après la période de la chasse (les glands de chênes rouges demeurent comestibles plusieurs mois après être tombés de l’arbre). Lorsque l’automne approche, j’ajoute à mon territoire des pommes tombées ainsi que des légumes du moment (comme des carottes ou du navet). Fait important, je m’assure toujours d’éparpiller la nourriture autour de mes salines afin d’imiter une chute naturelle des fruits/glands.

En terminant, je crois sincèrement que la meilleure technique est celle qui s’adapte à votre réalité territoriale. Votre stratégie doit prendre en compte votre terrain ainsi que les individus présents. Elle doit être la plus naturelle possible et s’intégrer à votre territoire sans le dénaturer.

À propos de Jade CabanaLa chasseuse urbaineJade est une passionnée de chasse, de nature et de gastronomie. Sa passion l’amène à poursuivre le lièvre et la perdrix, automne comme hiver, à attendre patiemment l’original et le chevreuil en octobre et novembre et à partager cet amour autour de bons repas. Vous pouvez suivre ses aventures sur Facebook et sur Instagram !

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.